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Main basse sur l’Université de Lyon

vendredi 21 septembre 2018

Dans l’ombre on le nomme “le G7” : une poignée de personnes seulement est à la manœuvre pour décider de la plus grande évolution du site universitaire de Lyon - Saint-Etienne depuis 50 ans. Véritable coup de force, ce projet, s’il est décidé dans un huis-clos hermétique, est en même temps l’objet de stratégies précises de communications sous les conseils de cabinets privés rompus à la “modernisation” du système universitaire français.

Les décideurs

Avant de parler du projet, précisons quelles sont ces sept personnes autorisées à penser ce qui est bon pour les 10 000 personnels et 100 000 étudiants de notre site :

- A l’Université LYON 1 : le couple présidentiel Hamda Ben Hadid [1] / Frédéric Fleury. Mis en minorité dans les suffrages en 2016 (en rang A et en rang B des enseignants-chercheurs), ils ont néanmoins été secourus par les représentants de la Région, de la Métropole de Lyon et du CNRS. Un tel sauvetage a un prix : l’engagement d’une fusion des établissements d’enseignement supérieur publics de la place lyonnaise - et l’obtention du label “IDEX”. Quelles qu’en soient les moyens et les conséquences pour LYON 1.
- A l’Ecole Normale Supérieure de Lyon : le directeur de l’Ecole Jean-François Pinton, qui est également chef du projet IDEX - nommé en prime directeur de l’IDEX provisoire. Il joue bien sûr sa réputation sur l’obtention définitive du fameux label, mais sait aussi que l’avenir de l’ENS et sa visibilité mondiale (le fameux classement de Shanghai !) passe par une diversification de ses activités et une taille critique, qu’il compte trouver dans l’intégration d’une partie des universités.
- A l’INSA de Lyon, Eric Maurincomme le directeur de l’Ecole, stratège et habile communicant, président du groupe INSA, il a d’ores et déjà annoncé que l’INSA ne perdra jamais sa personnalité morale et sa marque - et mise donc sur les futures ordonnances pour réussir son pari de “fusion sans fusion”. Son ambition réelle est de porter la visibilité de l’INSA à l’international, en intégrant les meilleurs diplômes et laboratoires d’ingénierie et d’informatique de LYON 1 et Saint-Etienne.
- A LYON 3, l’insaisissable président Jacques Comby. Un peu à l’image de ses camarades, il réalise un magnifique grand écart entre les informations données à son Conseil d’Administration et les orientations réelles que prennent le projet, notamment en ce qui concerne ses “principes incontournables” qui avaient été rejetés en bloc par les administrateurs de LYON 3. En particulier sur la création d’un “institut du premier cycle” signant la fin des facultés - qui pourtant est bien toujours présent dans le projet. Mais ne serait-ce pas là l’occasion pour LYON 3 de “damner le pion” à l’université LYON 2 qui a été écartée du projet ? Loin de nous l’idée d’y voir leur motivation première !
- La présidente de l’université Jean Monnet de Saint-Etienne, Michel Cottier, fait figure de petit Poucet. Si on peut comprendre la difficulté pour elle de peser sur les orientations qui sont prises, on n’en reste pas moins inquiets pour les missions de proximité de son Université. L’ensemble des centres de décision seront transférés sur Lyon de façon inexorable…
- Qui est le septième protagoniste ? Bien évidement le président de la COMUE actuelle et vice-président de la conférence des présidents d’Université Khaled Bouabdallah, empêtré dans des questions de légalité : sa propre élection à la COMUE est reconnue irrégulière par la justice administrative, ainsi que celle de l’ensemble du Conseil d’Administration, sans qu’il envisage le moins du monde à laisser sa place ! Cela explique peut-être son empressement à avancer vers la fameuse université cible… Alors que celle-là même créera un site à deux vitesses en laissant de côté six établissements publics, dont l’Université LYON 2 et l’Ecole Centrale de Lyon.

Même si le chiffre sept est chargé de références apocalyptiques, on ne peut s’arrêter là sans rappeler que cette équipe éclairée est cautionnée par nos élus de la métropole de Lyon et de la région AuRa ; même la Ministre laisse faire, alors qu’elle devrait dès maintenant siffler la fin de la partie. Mais après tout, le projet Lyonnais n’est pas si loin de ce qu’elle-même a commis à l’université de Nice lorsqu’elle était sa présidente : disparition du modèle de facultés, éclatement des disciplines, concentration des pouvoirs et hausse des frais d’inscription.

Un projet coup de force

Pour rappel, le seul vote officiel réalisé dans les CA des établissements date de 2016 et porte sur un projet qui n’a absolument rien à voir avec “l’université cible” qui est mise en place actuellement. C’est entre juillet et septembre 2017 que les choses ont tourné au cauchemar pour la communauté [2] :

- Eviction de LYON 2, acteur majeur des sciences humaines et sociales, dans des conditions largement dénoncées par sa présidente.
- Projet de création d’un “institut transversal du premier cycle” ayant pour effet de couper la continuité des études universitaires entre BAC+3 à BAC + 5, d’éloigner le premier cycle du monde de la recherche, de spécialiser les missions des enseignants-chercheurs ; et ainsi de briser le modèle de “facultés” à la française.
- Eclatement du secteur scientifique de l’université LYON 1. La Faculté des Sciences serait totalement effacée, alors qu’elle est aujourd’hui l’acteur de formation et recherche scientifique le plus important du site. Des disciplines historiquement liées comme la chimie et la biochimie, l’informatique et les mathématiques, seraient séparées. Le terme de “sciences” n’apparait même plus dans les noms des futurs pôles !
- Réduction considérable de la démocratie universitaire : restriction du nombre d’élus par rapport aux membres nommés dans les Conseils, désignation descendantes des responsables de composantes, dérogations généralisées aux règles de collégialité du code de l’éducation.
- Sans oublier les retours incessants - parfois rappelés, parfois démentis - des principes de sélection de tous les étudiants et de gestion locale des carrières des personnels.

Tout cela n’a jamais été voté par un Conseil, ni présenté au Jury International de l’IDEX. En outre, aucun projet académique [3] ne vient accompagner ces orientations. A se demander si les seuls objectifs du G7 ne sont pas de réduire la démocratie et de séparer “l’excellence internationale” des autres missions du service public.

Mais où vont-ils chercher tout ça ?

Comme par hasard, ces changements sont apparus dès lors que les chefs d’établissement, incapables de monter un projet de site collectif et participatif avec l’adhésion de la communauté, ont fait appel en juillet 2017 au Cabinet d’expertise “SIRIS”… En plus d’être particulièrement onéreux pour les finances publiques, celui-ci porte des idées bien arrêtées sur ce que devrait-être le modèle du supérieur en France… et a d’ailleurs déjà “accompagné” plusieurs ré-organisations en France (Sorbonne Université, Paris-Saclay,…) toujours sur le thème de “la concurrence internationale entre les grandes universités de recherche”.

C’est d’ailleurs à la suite d’une réunion entre l’un des fondateurs de ce Cabinet (M. Sebastian Tride) et les directeurs de composante de l’Université LYON 1, qui s’est tenue le 14 mai 2018, que des participants atterrés ont pu témoigner de ce qu’ils avaient entendus… Qui peut se résumer à un ensemble de “recettes et préconisations” qui permettront à l’Université de Lyon - ou du moins certaines de ses parties - de prendre une réelle envergure internationale [4]. Un seul objectif résume dorénavant notre service public et s’impose en préalable : devenir une “université intensive de recherche” (sic) : pour cela il faut faire sauter certains “verrous français” qui nous empêchent de prendre ce bel envol…

A la question “cette belle aventure ne vous fait-elle pas rêver ?”, posée à la fin de cette réunion, plusieurs directeurs de composantes auraient répondu “pas du tout”. Et bien ils ne sont pas les seuls, car ce qui s’annonce est une remise en cause totale des objectifs de notre université publique. Le tout sans aucun débat, aucune information assumant ces principes, aucun vote dans les Conseils. Et surtout sans annoncer aux familles et aux politiques qui les représentent que l’ascenseur social universitaire, celui qui emmène des générations entières depuis le niveau BAC à un niveau BAC+5 plébiscité par le monde socio-économique de la région AuRA, est en passe d’être mis en panne volontairement par ce groupe des sept.


[1Président du Conseil Académique de l’Université Lyon 1, professeur en mécanique

[2Avec les principes incontournables qui n’ont jamais été votés par aucune CA, et même rejetés par LYON 3, tout en étant toujours le principal fil rouge du groupe de pilotage.

[3selon les termes, rapportés par des témoins, qui auraient été employés par le Vice-Président à la recherche de LYON 1, Fabrice Vallée, lors de la séance du 11 septembre 2018

[4Parmi ces préconisations, on peut citer quelques perles : construire un premier cycle indépendant de façon à le couper de la recherche et ne pas “tirer” vers le bas les formations de masters sélectives, spécialiser le services des enseignants afin d’attirer les meilleurs internationaux vers des formations d’excellence, rassurer les investisseurs en créant des pôles d’excellence, etc… Sans oublier une admiration assumée pour le modèle anglais, qui a “tout compris” lorsqu’il a mis un ticket d’entrée à 8000 livres aux études universitaires

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