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Retraites : Quand la « Com » donne envie de vomir !

vendredi 18 juin 2010

Le 15 juin, le gouvernement présente la première mouture officielle de sa réforme des retraites ; projet, qui je l’espère, va se faire tellement secouer par la rue, qu’il y aura « loin entre la coupe et les lèvres ». Pour « préparer » l’opinion publique, les responsables de la communication gouvernementale ont mis en place une stratégie vicieuse qui a consisté à laisser fuiter, de jour en jour, de nombreuses infos ou tendances.

On voit la tout ce qui nous différencie des Grecs. Chez eux, le gouvernement annonce franchement que les salaires des fonctionnaires vont être baissé de (je crois) 5%. Chez nous, c’est beaucoup plus subtil. Sarko n’annonce surtout pas qu’il va baisser les salaires des fonctionnaires de 3%. Non ! Il fuite… que dans un certain souci d’égalité, il va faire cotiser les fonctionnaires (actuellement 7,85%) autant que les travailleurs du privé (actuellement 10,55%)… Pourtant, s’il réussit à faire ce dont il rêve, il s’agira alors, tout simplement, d’une baisse réelle (en valeur absolue) des salaires de fonctionnaires… et de rien d’autre.

Il faut d’abord comprendre que les deux dispositifs (public et privé) ne fonctionnement pas exactement sur le même principe de répartition.

Dans le privé, les travailleurs d’aujourd’hui, ET les employeurs d’aujourd’hui, financent les retraites des retraités d’aujourd’hui. Les caisses de retraites de base (CRAM), ainsi que les caisses de retraites complémentaires (AGIR et ARCO), ne thésaurisent pas les sommes versées par les uns pour les placer, afin de les verser plus tard à de futurs retraités. Elles encaissent, répartissent et versent en flux continu… et empruntent si leurs recettes sont insuffisantes.

Dans le secteur privé, les retraites de base sont très faibles (c’est pourquoi de nombreux retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté). Un salarié « au plafond », qui remplit toutes les conditions pour toucher le maximum possible, voit sa retraite CRAM plafonnée, en gros, au niveau du SMIG. Ce sont les retraites complémentaires, notamment chez les cadres et dans certaines branches professionnelles, qui font que certains retraités du privé ont des retraites nettement supérieures au SMIG. En gros, le salarié paye 7% de son salaire brut pour financer la retraite de base (CRAM) et presque 4% pour financer la retraite complémentaire (voici d’où viennent les fameux 10,55% de Sarko). En plus, son employeur paye réellement 8,3% (sauf exonérations « politiques ») pour financer la retraite de base et 5,7% pour la complémentaire… des retraités d’aujourd’hui (rappelons-le).

Il ne faut donc pas confondre ce système de répartition du privé avec d’autres systèmes (dit par capitalisation) qui peuvent exister en parallèle ; notamment les fameux fonds de pensions et/ou divers placements, censés produire leurs effets au moment où le souscripteur partira à la retraite ; si l’on excepte le « fond de réserve des pensions », que Lionel Jospin a trouvé intelligent de créer, vers l’an 2000, pour plaçant de l’argent, afin de pouvoir payer les retraites… en 2020. Évidemment, ce fond a pris un sacré coup de tabac lors des dernières crises boursières… et Sarko va s’en doute piquer dedans… Non pas pour financer les retraites d’aujourd’hui, mais pour baisser la dette de l’état. Mais c’est une autre histoire.

Dans le secteur public, l’État se livre en réalité à un simple jeu d’écritures. Il verse aux fonctionnaires d’aujourd’hui leurs salaires nets. Il verse aussi aux caisses maladie la part sécurité sociale… et c’est tout. Le reste n’est qu’un simple jeu d’écriture. Tous les chiffres qui apparaissent dans les colonnes charges salariales et charges patronales de la fiche de paye d’un fonctionnaire sont donc, pour la plupart, virtuels.

Évidemment, dans le même temps, il verse leurs retraites aux retraités de la fonction publique d’aujourd’hui. De plus, contrairement au secteur privé où elle date de la libération, dans la fonction publique, la retraite complémentaire n’a été crée qu’en 2005. Celle-ci est calculée sur la base de 5% pour la part salariale et de 5% pour la part patronale…des simples « primes » reçue par le fonctionnaire et non de son salaire brut. Là encore, cet argent n’est pas placé. C’est un simple jeu d’écriture, une simple base de calcul. L’état verse à un retraité la pension complémentaire qu’il doit lui verser, selon le barème voté dans la loi de 2003. Nombre de fonctionnaires ne touchant que très peu de primes, leur complémentaire est souvent très symbolique.

Il faut donc bien comprendre que les deux systèmes (public/privé) s’équilibrent selon des logiques différentes. A taux de cotisations stables, dans le privé, plus il y a de travailleurs et plus ceux-ci sont payés, plus les retraites d’aujourd’hui sont financées… D’où l’intérêt de lutter contre le chômage (ce qui est parfois complexe, mais prioritaire) et pour l’augmentation des salaires (ce qui est souvent plus simple et ne doit surtout pas être négligé). Il est aussi possible de bouger les taux des cotisations (notamment patronales, ce qui énerve Parisot), l’assiette de ces taux ; autrement dit qui paye et sur quels revenus. Assiette qui, par exemple, pourrait s’étendre aux revenus financiers, aux transactions, etc…

Dans le public, de toute façon, l’état doit financer les retraites de ses retraités en sortant de l’argent frais. Et c’est là que l’on nous sort la salade de la dette de l’état. Pour dépenser moins pour ses fonctionnaires d’aujourd’hui, l’état a plusieurs leviers. Il actionne depuis trois ans celui de la diminution du nombre de fonctionnaires. 100 000 départs à la retraite n’ont pas été remplacés depuis 2007, ainsi que celui de la très faible augmentation des salaires, ce qui aboutit à baisse insidieuse du pouvoir d’achat (moins 10% en dix ans). Désormais, il voudrait franchir le Rubicon en en actionnant un deuxième levier, jusqu’ici tabou : baisser le salaire des fonctionnaires d’aujourd’hui en valeur absolue... mais sans oser le dire franchement, sous un prétexte de justice et d’équité public / privé.

Et si la réforme des retraites annoncée ne visait ni à assurer un avenir aux futurs retraités (Sarko sera recasé dans les « affaires » quand d’éventuels problèmes se poseront), ni aux retraités actuels. Elle vise simplement à diminuer le déficit des comptes publics… au nom de choix politiques et économiques, qu’il lui faut bien dissimuler un peu pour espérer qu’ils passent (sans trop de casse) la rampe de l’opinion publique. Pour ma part, j’espère qu’il y aura de la casse… et, surtout, je ne me pose plus la question de savoir si j’ai économiquement raison ou pas. Je défends mon « beefsteak » et dans le même temps celui des autres travailleurs, car personne ne le fera à ma place, ni à leur place. En revanche, je fais confiance aux forces, qui dirigent ceux qui nous dirigent (Parisot ne te cache pas derrière Sarko !), pour défendre (avec des moyens bien supérieurs aux miens) leurs intérêts… sans jamais se préoccuper le moins du monde des miens. Autrement dit, je ne me prends surtout pas pour le ministre… en anticipant ses attentes, ou en tendant l’autre joue quand j’ai déjà pris une claque en 2003. N’est-ce pas Monsieur Chérèque !!! Donc, à bientôt dans les manifs… et dans les réunions « Contre »…
Jean Paul Julliand

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