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Le plan campus lyonnais partiellement accepté

Passé l’euphorie, le temps des questions

mercredi 4 juin 2008

C’est officiel, le plan LYON CITE CAMPUS déposé par le PRES de LYON a été retenu en partie par le gouvernement, aux côté de cinq autres projets : Bordeaux, Grenoble, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. Nous faisons donc partie des dix (quatre autres seront sélectionnés dans un deuxième temps) heureux gagnants de la grande loterie nationale dont l’objet est de répartir les gains de la vente des actions EDF.

Le premier bémol est connu depuis longtemps : la vente des actions EDF n’a été fructueuse que pour ceux qui les ont achetés. Réalisée à un instant propice d’un point de vue médiatique (afin de désamorcer l’engagement croissant des étudiants contre la LRU), cette vente fut une erreur stratégique sur un plan financier - sans parler bien sûr des conséquences du désengagement de l’état dans le secteur de l’énergie. Les cinq milliards prévus ne furent que trois. Cette erreur financière de 40% n’empêcha pas l’état de lancer l’appel à projet du PLAN CAMPUS à grands renforts de médias.

Notre président ne s’y est pas trompé, tout comme ses heureux partenaires du PRES. Une occasion de plus d’être dans les petits papiers du gouvernement et du chef de cabinet de la ministre. En plus, qui serait opposé à une rénovation de nos locaux, une amélioration de nos conditions d’études, d’enseignement et de recherche, une visibilité internationale, une capacité d’accueil augmentée ? Qui n’est pas enthousiaste à l’idée de la réhabilitation de Rockefeller, à la création de nouveaux RU, de nouveaux terrains de sports ? Et pour faire taire les derniers grincheux, le tout revêt le bel habit vert sombre du développement durable et des normes HQE, et d’un renforcement du réseau TCL.

Deuxième ombre à ce tableau, le gouvernement rejette les parties concernant Rockefeller et Bron. Certes, elles sont les moins ambitieuses du projet, avec un budget de 170 millions environ seulement. Mais on peut s’interroger sur les conséquences de cette acceptation partielle : le projet ne faisait-il pas, comme l’ont soutenu ses promoteurs, "un tout homogène" ? Allons-nous cautionner une politique des parents pauvres au sein même du PRES, où seules les sciences dures et la santé seraient soutenues ?

Ce qui nous emmène à la question principale qui est celle du financement de ce campus où il fera bon travailler. Au plus, nous pourrons compter sur 300 millions d’euros de l’état. C’est sur cette base que nous avons bâti notre projet... de 800 millions d’euros, il manque donc au minimum 500 millions que devrons trouver les partenaires, LYON 1 en premier. Les collectivités territoriales, qui sont déjà dans le rouge et pointées du doigt par le gouvernement pour leurs déficits, seront priées de régler la facture. Le privé sera naturellement sollicité : mais il ne le fera pas sans en retirer lui-même des bénéfices, et son engagement sera de toutes façons limité.

Pour être complet, il faut ajouter que l’argent de l’état ne résonnera jamais dans nos caisses. Il n’a pas vocation à venir gonfler notre budget global : il servira à financer des mécanismes de "partenariat public/privé". En clair : une entreprise privée est embauchée pour mener à bien, financement compris, un projet de construction d’un bâtiment public. Elle sera remboursée et rémunérée de façon étalée sur une vingtaine d’années sous la forme de loyers, sous condition de critères de qualité définis au préalable. Ainsi, on délègue toute la gestion du projet (avec les risques) au privé, pour éviter les délais d’appel d’offres et retard de livraisons habituels au service public. Les financements de l’état serviront à payer directement les loyers en question, incluant les coûts d’entretien sur 25 ans.

Attention : les PPP ne "génèrent" pas d’argent, ils ne constituent en aucun cas un mécanisme d’apport supplémentaires. C’est juste une façon d’employer la dotation de l’état.

Il nous reste donc, en 6 mois, à trouver les entreprises prêtes à endosser les risques des PPP pour une rémunération "raisonnable" (afin de ne pas trop amputer notre capital EDF), et à trouver les 500 millions manquant à l’appel - sans brader notre indépendance ou nos missions ! Sinon, l’opération campus restera une bulle médiatique de plus lancée par le gouvernement.

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