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Masters enseignement : la motion volée

jeudi 20 novembre 2008

Quelques jours avant le CA du 18 novembre dernier, nous apprenions qu’une assemblée de chimistes, biochimistes et physiciens [1] de LYON 1 avaient élaborés une motion loin d’être tendre à l’encontre des masters enseignements que nos tutelles nous somment de mettre en place. Nous la livrons telle quelle, avec le passage important en gras :

" Les enseignants des UFR Chimie-biochimie et Physique, réunis le 12 novembre 2008, déplorent solennellement les conditions dans lesquelles est mise en œuvre la réforme de la formation des futurs enseignants du primaire et du secondaire.

Ils s’inquiètent sur la remise en cause de la formation professionnelle, associant apports théoriques et pratiques, dispensée avant l’entrée dans le métier. Ils s’inquiètent de la suppression de l’année de stage en situation à l’issue des concours, car ils sont convaincus que la formation théorique (didactique, disciplinaire et pédagogique) et l’expérience pratique et en responsabilité de l’enseignement doivent être liées. D’autre part, une réforme ayant pour effet de réduire la part des savoirs disciplinaires en vue d’un allègement des épreuves qui ne fera qu’abaisser le niveau de formation des futurs enseignants, serait en contradiction totale avec l’objectif affiché par la « mastérisation ».

Ils considèrent que cette réforme ne peut être mise en œuvre de manière efficace en procédant à marche forcée, dans une précipitation telle qu’elle interdit toute concertation véritable entre les acteurs concernés (départements disciplinaires, IUFM, représentants des étudiants, rectorat). Ils protestent contre un calendrier qui oblige l’Université à remettre le 31 décembre prochain, dans la précipitation, une maquette de projet de master pour l’application d’une réforme des concours dont le contenu n’est pas défini à la date d’aujourd’hui.

Ils demandent un moratoire d’un an au niveau national sur la mise en place de cette réforme, associé à une tenue de concours de recrutement des enseignants se déroulant pour l’année 2009-2010 selon les modalités en vigueur pour l’année 2008-2009.

"
Avec en plus cette mention :

"Ils souhaitent que cette motion soit transmise aux membres du CEVU et du CA et mise en délibération dans ces instances pour toutes les disciplines concernées."

Trop heureux de trouver des résistances à soutenir, et aussi de participer enfin à un vote majoritaire facile, nous arrivâmes fleur au fusil en séance. Surprise : la motion avait disparu. Remplacée par une version rose bonbon concoctée par Régis Bernard, directeur de l’IUFM, et simplement copiée sur un imprimé distribué à tous.

En gros, c’est la même analyse. Mais la demande de moratoire a sérieusement pâlie, puisqu’il s’agit que : "dans le cadre de la réforme du
recrutement et de la formation des enseignants, un délai de deux mois soit accordé pour la remise des dossiers d’habilitation des masters. En l’absence d’un tel délai, le CA de l’UCBL demande un moratoire d’un an."

Tout d’abord, on passera l’éponge sur l’absurdité de la dernière phrase. Intéressons-nous plutôt à la justification de cette absurdité, dixit le porteur lui-même : nous nous sommes entendus avec les physiciens et les chimistes pour intégrer les deux motions en une. Le but est de pas prendre le risque que la réforme Darcos se fasse, et que nous ne soyons pas prêts, ce qui fragiliserait la formation des maîtres.

Plusieurs points ont conduit trois courageux d’entre nous à s’opposer à la motion :

- D’une part, pas la peine d’avoir fait l’IUFM pour voir qu’en fait d’intégration, c’est une désintégration simple de la motion originelle.
- Ensuite, l’analyse est encore une fois défaitiste. Plusieurs établissements ont demandé un moratoire d’un an. Qu’avions nous à perdre ? Si le moratoire est refusé, il aurait toujours été temps de baisser notre culotte pour exhiber nos master, au dernier moment. Mais au moins on aurait un tout petit peu résisté avant de le faire, à l’heure ou la COM est la seule préoccupation du gouvernement.
- Enfin : l’arrangement dont parle Régis Bernard n’a jamais été présenté aux auteurs de la motion, mais seulement à quelques représentants. C’est plus tard que les vrais auteurs ont commencé à découvrir le larcin...


[1suivis depuis par le conseil d’UFR de maths

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